Le Monde, 21 avril 2017

À mi-chemin entre le récit de vie, le tour de chant (et de contes) et le one-man-show (le seul-en-scène pour être linguistiquement correct), ce spectacle est, disons-le d’emblée, une vraie réussite grâce à un remarquable talent de narrateur et à une énergie à toute épreuve…

Au Centre Mandapa, « que la montagne est belle » pour le conteur et chanteur Ladji Diallo

Le conteur, chanteur et musicien Ladji Diallo dans son spectacle « Ma vallée, un truc de fou ! »

© BENJAMIN DUBUIS

Après un dépaysant voyage en Inde avec la conteuse Annie Rumani, mardi 18 avril, c’est sur un tout autre chemin que nous a conduits le Centre Mandapa (Paris 13e), en ce jeudi 20 avril au soir, toujours dans le cadre de son Printemps de la parole. C’est le conteur, musicien et chanteur Ladji Diallo qui a fait office de guide cette fois-ci et c’est en suivant ses pas que le public a découvert la vallée des Pyrénées dans laquelle il s’est installé depuis plusieurs années. C’est en effet le parcours quelque peu atypique qui l’a mené, lui, le jeune de banlieue, né à Paris de parents maliens, de la Seine-et-Marne où il a grandi, aux Hautes-Pyrénées où il vit désormais, qui est au cœur de Ma vallée, un truc de fou ! A mi-chemin entre le récit de vie, le tour de chant (et de contes) et le one-man-show (le seul-en-scène pour être linguistiquement correct), ce spectacle est, disons-le d’emblée, une vraie réussite grâce à un remarquable talent de narrateur et à une énergie à toute épreuve, et ce même si parfois quelques scènes forcent un peu trop le trait et cèdent à un comique de situation plutôt facile.

Affiche du spectacle de Ladji Diallo, « Ma vallée, un truc de fou ! »

© PIERRE VINCENT

Dans une mise en scène signée Alberto Garcia Sanchez, dont j’ai déjà eu l’occasion de dire le plus grand bien sur ce blog, Ladji Diallo mêle habilement chansons (accompagnées à la guitare, avec un final en bambara, l’une des langues nationales du Mali), imitations en patois (plutôt finement interprétées, notamment pour quelques savoureux personnages de paysans pyrénéens et leur inoubliable « adishatz », pour dire aussi bien « bonjour » qu’« au revoir »), récits mythologiques (en particulier celui des amours malheureuses d’Hercule, demi-dieu, et de Pyrène, la fille du roi Bébryx, pour expliquer la naissance de la chaîne de montagnes pyrénéennes, d’après la légende, le mausolée érigé par Hercule après la mort de son amante), anecdotes autobiographiques sur son installation, disons quelque peu incongrue, dans une vallée des Pyrénées. L’humour, le second degré et l’interaction avec le public sont omniprésents et jouent à plein dans la réussite de cette création. Le conteur ne laisse aucun temps mort dans le fil de sa narration et rebondit sans cesse d’une histoire à l’autre.

Le conteur, chanteur et musicien Ladji Diallo dans son spectacle « Ma vallée, un truc de fou ! »

© BENJAMIN DUBUIS

L’un des principaux mérites de ce spectacle est, me semble-t-il, de mélanger constamment les différentes cultures, les différentes influences littéraires et musicales, qui ont jalonné le parcours de Ladji Diallo, artiste français d’origine malienne, qui a éprouvé le besoin à un moment de son existence de partir à la découverte de ses racines africaines (à travers un voyage avec sa mère au Mali, pays de ses ancêtres, et une rencontre déterminante avec le griot et comédien Sotigui Kouyaté et ses fils). Et de montrer que de ce mélange naissent une grande richesse, une diversité intéressante et une ouverture d’esprit qui permet non pas de craindre l’autre mais d’aller vers lui. Dans ce registre, j’ai personnellement beaucoup aimé l’histoire de cet étranger qui finit par engloutir dans un immense lac le village dont les habitants lui ont refusé l’hospitalité et par ressusciter le veau du vacher que ce dernier avait égorgé pour le partager avec lui. Je trouve qu’elle entre singulièrement en résonance avec l’actualité la plus récente, notamment autour des migrants. Par ailleurs, on a le sentiment que Ladji Diallo a longuement été à l’écoute des habitants de cette vallée des Hautes-Pyrénées où il s’est installé, et qu’il a collecté leurs légendes et croyances pour s’en faire l’écho sur scène.

Pour ma part, découvrir ce spectacle de Ladji Diallo, que je n’avais encore jamais eu l’occasion d’écouter, m’a donné envie d’en connaître plus sur son parcours hors du commun et, entre autres, de voir le deuxième volet de sa trilogie autobiographique, J’kiffe Antigone, consacré à sa découverte du théâtre à travers les cours d’art dramatique au lycée (la troisième et dernière partie étant en cours de création autour de son voyage au Mali à la recherche de ses racines). Reste à espérer qu’il aura l’opportunité de quitter de nouveau sa verte vallée pyrénéenne pour revenir conter un de ces quatre ses histoires à Paris ou en région parisienne.

Cristina Marino

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