Le Monde, 30 octobre 2017

Par son interprétation très réaliste, qui sent le vécu, Ladji Diallo parvient à nous rendre très attachants ces jeunes de banlieue (…). Le tout sans jamais sombrer dans une vision négative des choses et en parvenant toujours, au contraire, à faire rire le public de bon cœur même dans les situations les plus tragiques. Et pour ce qui est d’Antigone, ce spectacle m’a donné très envie de me replonger dans la lecture du texte d’origine dont mes souvenirs scolaires sont plus que vagues…

Hélène Palardy et Ladji Diallo, deux conteurs prometteurs (extrait)

Ladji Diallo dans « J’kiffe Antigone »

Ladji Diallo dans « J’kiffe Antigone » © CHRISTIANE OLIVIER

Enfin, samedi en début de soirée, j’ai assisté à la représentation à la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord, de J’kiffe Antigone, de Ladji Diallo, dont j’avais déjà vu un autre spectacle d’inspiration autobiographique, Ma vallée, un truc de fou !, au Centre Mandapa (Paris 13e) en avril. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises sur ce blog de dire tout le bien que je pensais du travail de ce jeune conteur, musicien et chanteur, passé par le théâtre. Théâtre qu’il a justement découvert pendant des cours d’art dramatique au lycée dans une banlieue de la région parisienne, qui sont au cœur de ce spectacle présenté au FICM. Passant constamment du récit de la vie quotidienne d’un groupe de jeunes de cité découvrant non sans mal les plaisirs du théâtre à l’interprétation de la tragédie grecque de Sophocle, Antigone, maintes fois adaptée au théâtre par les plus grands, de Jean Cocteau à Jean Anouilh, en passant par Bertolt Brecht.

Bénéficiant d’un important travail autour de la mise en lumière et en musique, ce spectacle, mis en scène par Alberto Garcia Sanchez, est un vrai bonheur à la fois des yeux et des oreilles, ce qui n’est pas toujours le cas dans le conte. Les différences d’éclairage soulignent habilement le passage du récit de vie à la représentation théâtrale, l’univers sonore est très réussi et envoûtant (avec le recours à un appareil qui permet d’enregistrer une phrase musicale, qu’il s’agisse d’un rythme, d’un son, d’une mélodie, d’un bout de texte… et de faire tourner cette phrase en boucle de manière à créer un accompagnement et à pouvoir jouer ou parler en même temps). Par son interprétation très réaliste, qui sent le vécu, Ladji Diallo parvient à nous rendre très attachants ces jeunes de banlieue, filles et garçons confondus, dont la tchatche et l’attitude parfois agressive dissimulent souvent des conditions de vie souvent difficiles, en particulier Marion menacée d’expulsion avec ses parents au chômage, dont on comprend à demi mot ce qu’elle a été contrainte de faire pour gagner un peu d’argent pour payer le loyer. Le tout sans jamais sombrer dans une vision négative des choses et en parvenant toujours, au contraire, à faire rire le public de bon cœur même dans les situations les plus tragiques. Et pour ce qui est d’Antigone, ce spectacle m’a donné très envie de me replonger dans la lecture du texte d’origine dont mes souvenirs scolaires sont plus que vagues.

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Cristina Marino (à Montréal)

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